Pédagogie du premier degré - Socle commun

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Instruction morale à l'école primaire

Le travail

Cycle 3

Texte d’appui

Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

Jean de la Fontaine, « Le Laboureur et ses enfants », Fables, Livre V.

Quelques éléments conceptuels et historiques pour l’enseignant

Depuis plus de deux siècles, la tendance historique est à la baisse du temps de travail (le temps de travail hebdomadaire moyen des ouvriers est de 84 heures en France en 1850). Celle-ci s’opère au nom du bien-être de l’individu, au profit d’une vie moins directement assujettie à ce qui est parfois ressenti comme une contrainte ou une soumission.

De nombreux auteurs, dès l’Antiquité, ont mis en évidence que le travail est une contrainte : il apparaît ainsi comme une fatalité, une malédiction. Les Grecs voyaient dans le travail une forme de soumission dévalorisante pour l’homme. Dans Les Travaux et les Jours, Hésiode célèbre le mythe de l’âge d’or et fait le récit d’un monde sans travail. La tradition judéo-chrétienne, quant à elle, fait du travail une malédiction divine, conséquence du péché originel (Genèse, chapitre 3). L’étymologie du terme « travail », du latin populaire tripaliare, qui signifie « tourmenter, torturer avec le trepalium », instrument à trois pieux, renvoie également à cette dimension.

À partir du XVIIIe siècle et surtout avec la révolution industrielle au XIXe siècle, le travail a pu être perçu comme l’instrument d’une réelle dépossession : cette lecture est notamment celle de Marx. Paul Lafargue affirme en 1880 un « droit à la paresse ». Charlie Chaplin, dans Les Temps modernes (1936), met en scène un ouvrier aliéné par ses conditions de travail et la cadence qu’on lui impose. Des sociologues, comme Georges Friedmann (Le Travail en miettes, 1956), ont également mis en avant une dépersonnalisation du travail dans la grande industrie, le long des chaînes de production.

Mais dans l’histoire de la pensée, loin d’être un sacrifice ou une peine perdue, le travail est aussi vanté. Le travail est ce par quoi nous pouvons espérer vivre mieux, ce par quoi nous nous accomplissons pleinement. C’est un moyen d’accès à l’autonomie, à l’émancipation, à l’affirmation de soi. Il est ce par quoi l’homme peut agir sur le monde. C’est aussi un devoir indispensable à l'homme social. Les Lumières, au XVIIIe siècle, mettent l’accent sur cette valeur essentielle du travail : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin » dit Voltaire, qui écrit aussi dans Candide « l’homme n’est pas né pour le repos ». Pour Rousseau, « tout citoyen oisif est un fripon » (Emile ou de l’Éducation, 1762). Le travail est également le témoin de l’ingéniosité et des volontés humaines. Antoine de Saint-Exupéry, dans Terre des hommes (1939) souligne une autre dimension vertueuse du travail : « La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle ». C’est par le travail que des facultés humaines inexploitées, inconnues, s’expriment. L’effort induit par le travail n’est pas vain : il nous permet de nous former, de nous développer. Mais ce n’est qu’à la condition de donner du sens à son travail, d’en connaître la portée et les bénéfices, pour soi et pour les autres, de se reconnaître dans le fruit de son travail.

Réflexion proposée à la classe

Il s’agira, avec la classe, d’interroger la question du sens et de la valeur du travail, en particulier dans la vie d’écolier.

On pourra mettre en évidence que le travail est d’abord nécessaire pour la vie : les besoins ne sont satisfaits que par le travail. Sur ce point particulier, on pourra rapprocher la fable Le Laboureur et ses enfants de La Cigale et la fourmi, et mettre en évidence qu' « il faut travailler pour gagner sa vie, mais aussi pour ne pas la perdre ». L’accès aux ressources, aux produits alimentaires, aux biens les plus divers n’est possible que par le travail de chacun. Au final, il y a autour de nous très peu de produits naturels, qui n’aient pas été transformés par l’homme. On pourra prendre l’exemple d’un objet très commun pour envisager qu’il est l’aboutissement d’un travail et d’un savoir-faire.

L’école prépare l’élève à tenir sa place dans la société et lui apprend donc à travailler. Elle est exigeante parce qu’elle leur apprend ce qu’est le travail bien fait, le beau ou le bon travail.

Au-delà de la nécessité ou de l’obligation sociale, le travail est un moyen de faire ses preuves, l’occasion de faire des prouesses. Il faut ici songer au savoir-faire humain, à l’art : les grandes œuvres architecturales, les réalisations d’un artisan (l’ébéniste par exemple), le morceau joué par un pianiste… Par le travail, on imprime sa marque, on gagne en reconnaissance auprès des autres. Mais vis-à-vis de soi-même, on conquiert aussi la confiance en soi, la fierté : le travail est une victoire de la volonté, grâce aux obstacles qu’on a su surmonter, au dépassement de soi. C’est ici l’occasion d’insister sur le goût de l’effort, sur la ténacité et la persévérance, dont on saura toujours récolter les fruits.

C’est dans la classe que l’écolier affirme d’abord cette volonté, en faisant de son mieux le travail qui est demandé par le maître. À la maison, il est aussi important de préférer parfois le travail au jeu : on aide ses parents, ses frères et sœurs, on participe aux tâches de la maison. Cela procure aussi de la satisfaction puisque l’on se sent utile aux autres et en même temps, on se prouve à soi-même ce dont on est capable.

Citations, proverbes, maximes, adages
 

Quelques actions conformes à la morale
 

 

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© Direction des services départementaux de l'éducation nationale du Val-de-Marne 05/12/2011

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