Maîtrise de la langue française

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Grammaire - La « nature » des mots

Pourquoi cette réflexion sur la « nature » des mots ? Parce que les dénominations fluctuent selon nos grammaires scolaires actuelles, tant au niveau de la terminologie que des définitions qui sont proposées aux élèves du primaire et du collège. Non seulement ces manuels ne retiennent pas la même dénomination générique (« nature des mots », « classe(s) de mot(s) », « classe(s) grammaticale(s) », « catégorie(s) grammaticale(s) »…) mais emploient indifféremment, parfois dans une même page, jusqu’à trois d’entre elles, l’élève pouvant croire qu’il a affaire à plusieurs réalités linguistiques différentes, alors qu’il ne s’agit que d’une seule. Quant aux définitions, souvent tautologiques ou approximatives, elles sont également source de confusion.

Mise au point théorique

1. Question de terminologie

L’emploi du mot « nature » en grammaire nous vient des Grecs anciens, lesquels précisément s’interrogeaient sur la « nature » des mots : est-ce qu’un mot peut être « par nature » un nom, un adjectif...
Depuis, plusieurs termes recouvrent cette même réalité linguistique.
Si la grammaire traditionnelle emploie le terme de parties du discours, aujourd’hui on parlera plutôt de catégories grammaticale, ou de classes grammaticales (ou classes syntaxiques).

2. Les catégories ou classes fondamentales

Les mots sont traditionnellement répartis en 9 « catégories » fondamentales :
Le nom, l’article, l’adjectif, le pronom, le verbe, l’adverbe, la préposition, la conjonction et l’interjection.
Mais ces catégories varient selon le temps et ne sont pas reconnues par l’ensemble des grammairiens dont les approches diffèrent.
Seules les catégories les plus anciennes du nom, du verbe et du pronom peuvent être considérées comme fondamentales et universelles. En français, par exemple, l’adverbe est une catégorie récente qui s’est constituée à travers l’évolution du latin au français.
La préposition, qui dérive de l’adverbe, est encore plus récente.

3. Les 3 critères de définition

Par définition, les mots appartiennent à une même classe grammaticale s’ils ont en commun les mêmes propriétés.
Ces propriétés s’envisageront selon 3 critères :

a. Le critère syntaxique

Il définit la classe, non en termes de « nature » mais en terme de possibilités combinatoires.
Autrement dit, on se demandera quelle place peut occuper telle unité lexicale et dans quelle construction.
Par exemple, le nom forme une catégorie grammaticale parce qu’il a, entre autres, la propriété, dans son groupe, en position de sujet d’être précédé d’un déterminant (sauf cas particulier du nom propre).
Ce qui exclut : porte s’ouvre.

Ou bien parce que dans la phrase, il peut occuper la position de sujet ou bien celui de complément.
Exemples : La porte s’ouvre. On ouvre la porte.

N.B. Attention cependant de ne pas confondre la classe grammaticale (étudiée ici selon le critère syntaxique) avec la fonction syntaxique, car en position de sujet, par exemple, on peut trouver un nom comme l’exemple ci-dessus (la porte s’ouvre), mais aussi un pronom (Il s’ouvre aux autres), ou un verbe (étudier ouvre l’esprit).

b. Le critère morphologique
Il définit la classe selon la variabilité du mot : en genre et en nombre pour les noms, pour les adjectifs ; en personne, temps et mode pour les verbes. Mais ce critère morphologique ne peut suffire à lui seul à définir les classes.
Le critère morphologique d’invariabilité est commun à la classe des adverbes, celle des prépositions, des conjonctions et des interjections.

c. Le critère sémantique
Il définit la classe selon le sens du mot :

Exemple de définition du nom, selon son sens :
« Le nom désigne les êtres vivants, les choses et les qualités ».

Mais ces propriétés sémantiques sont insuffisantes car elles ne permettent pas, par exemple, de le distinguer d’un verbe « qui exprime une action », puisque le nom peut aussi exprimer une action :

Exemples : la course, l’équitation, la fuite, le combat…

Programmes et manuels scolaires

1. Dénominations dans les programmes officiels

Si l’on se réfère respectivement aux Programmes de l’Ecole Primaire (Bulletin Officiel du 19 juin 2008-Hors Série) et à ceux du Collège (B.O. du 28 août 2008), on constate que la dénomination « les classes de mots » est retenue comme titre générique dans les deux programmes (avant que ne soit énumérée la liste des mots à identifier ou à étudier).
La dénomination « nature », est également employée de manière synonymique, mais uniquement dans les programmes du primaire.

Ainsi dans la présentation du programme du Cycle des Approfondissements, à la rubrique « Étude de la langue française », puis « Grammaire », peut-on lire :

« Les classes de mots »
"identification, selon leur nature, des mots suivants : les verbes, les noms, déterminants (articles définis et indéfinis, déterminants possessifs, démonstratifs, interrogatifs) les adjectifs qualificatifs, les pronoms (personnels, possessifs, relatifs, démonstratifs et interrogatifs), les adverbes, les prépositions".

2. Dénominations dans les manuels scolaires

Dans les éditions les plus récentes (2009), on trouve indifféremment les dénominations « nature », « classe(s) », « classe(s) de mots », « classe(s) grammaticale(s) », plus rarement « catégorie(s) grammaticale(s) ».
Elles sont employées, soit de manière univoque, soit en utilisant au moins 2 dénominations.

Exemple d’un corpus de 13 livres de français du collège, pour une classe de 6ème (dont 8 livres « uniques » et 5 consacrés uniquement aux activités de langue), prenant en considération à la fois les titres, les définitions, les leçons, les résumés et les consignes d’exercices pour chacun de ces manuels.
Les dénominations se répartissent de la façon suivante :

3. Définitions des manuels scolaires

La plupart des définitions sont tautologiques :
Exemples

Seule la définition qui suit s’appuie sur un véritable critère linguistique :
« Chaque mot appartient à une classe grammaticale qui regroupe les mots ayant des caractéristiques communes. »

Il convient également d’être attentif aux consignes d’exercices qui n’emploient pas la même dénomination que celle de la leçon.
Exemple
Ainsi, un manuel, après avoir défini « la classe grammaticale » des mots dans la leçon, sans employer le mot « nature », donne comme consigne :
« Précisez la nature des mots soulignés. »

Cet ensemble de remarques invite les enseignants à interroger la pertinence des propositions des manuels qu’ils utilisent au quotidien. De même qu’il s’avère nécessaire, au sein des conseils de cycle, d’harmoniser les démarches à partir d’outils communs.

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© Direction des services départementaux de l'éducation nationale du Val-de-Marne - mise à jour 07/04/2010

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