Dsden du Val-de-Marne – Zoom sur...

Accueil > Zoom sur...

La classe inversée en mathématiques au collège La Guinette à Villecresnes

 

Depuis avril 2017, les élèves de 4ème et de 3èm e de Mme Mathias, professeure de mathématiques au collège La Guinette de Villecresnes, expérimentent leurs cours de mathématiques en classe inversée. Entretien avec cette enseignante.

Mais avant toute chose pourquoi s’être lancé dans cette expérimentation ? 
Le besoin est parti d’un constat du terrain avec des élèves de plus en plus passifs, de moins en moins investis parfois découragés et des inégalités qui se creusaient. Après plusieurs tentatives pour changer ces attitudes d’élèves sans changer les méthodes professionnelles, il n’y a guère eu d’amélioration significative.
« Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde » Gandhi
Changement de cap avec un changement de posture : ayant entendu parler de classes inversées, l’envie était présente de tester pour se faire une propre opinion.
De quoi s’agit-il ?
Il faut savoir qu’il n’y a pas une classe inversée type. Les classes inversées se déclinent au pluriel.

Il n’y a pas non plus de matière se prêtant plus qu’une autre aux classes inversées. Des exemples dans les différentes disciplines émergent et se développent de plus en plus.

Il n’y a pas encore de niveaux plus réceptifs que d’autres : les classes inversées peuvent se pratiquer du primaire à l’université sans contre-indication particulière.

Enfin, les classes inversées ne sont pas des recettes miracles, ce sont des outils parmi d’autres permettant de mettre en place des pédagogies actives, des apprentissages collaboratifs, des projets…

« Ce n’est plus le maître qui enseigne, c’est l’élève qui apprend » Marcel Lebrun

Une classe inversée parmi tant d’autres ici en cours de mathématiques de collège(1)
L’expérimentation décrite ici date de moins d’un an et s’affine au jour le jour.

En début de chapitre, les collégiens découvrent une nouvelle notion en classe à partir d’une activité comme avant si ce n’est qu’ils le font désormais par groupe de quatre. Cette notion émerge collectivement et est formalisée par le professeur, qui prend le temps del’expliquer oralement.

Le premier changement arrive ici : au lieu de recopier le cours dans le cahier en classe (où le professeur n’est pas vraiment utile) et de faire les exercices d’application à la maison (où le professeur n’est plus là pour aider), on inverse ! La recopie du cours est reportée à l’extérieur du cours et les exercices se font directement en classe en présence des camarades et du professeur.
Pour recopier le cours à la maison, les élèves peuvent s’appuyer sur des capsules vidéos (2’ à 4’) réalisées par le professeur et publiées sur un site internet*. Un très court questionnaire en ligne est à remplir par l’élève pour permettre au professeur de s’assurer que la vidéo a été visionnée et les notions de base comprises. Chaque questionnaire laisse aussi aux élèves qui le souhaitent la possibilité de poser des questions précises.

Avant la séance, le professeur fait une synthèse des réponses et dès le début du cours suivant, il en fait un compte-rendu adapté : si une notion n’a majoritairement pas été comprise, elle est réexpliquée collectivement (photo 1), si elle ne concerne que quelques élèves, les explications sont personnalisées (photo 2). Il est intéressant de remarquer que l’interactivité professeur-élève s’est nettement développée, les élèves osent davantage poser leurs questions soit via le questionnaire en ligne, soit au sein des îlots.

Photo Photo 1

Une fois ce réajustement fait, les élèves poursuivent leurs travaux de groupes à leur rythme en respectant un certain cadre : chaque élève dispose d’un rôle bien déterminé dont il fait bénéficier son groupe. Il peut être pacificateur, animateur, rapporteur ou gardien du temps (photo 3). Une fiche d’évaluation collective permet de les guider dans leur mission respective et de les amener à développer leur autonomie et la coopération entre eux. Enfin, un « tétra-aide » facilite la gestion collective : en fonction de la position de cette pyramide précieuse, les élèves indiquent au professeur si tout va bien (photo 4), s’ils sont bloqués et ont besoin d’aide rapidement, s’ils ont une question mais non urgente (photo 5) ou s’ils sont gênés par le bruit des autres groupes. Ce fonctionnement permet au professeur d’apporter une aide mieux ciblée, adaptée et personnalisée. Il permet aussi aux élèves d’exercer des compétences du socle commun.

Photo 3Photo 4Photo 5

 

 

 

 

 

 

Qu’en pensent les élèves ?
Après trois mois d’expérimentation, un sondage a été soumis aux élèves concernés. Voici les résultats sur un échantillon de 70 élèves.

A propos des vidéos, plus de 80 % des élèves trouvent qu’elles leur permettent de comprendre le cours à leur rythme et apprécient le fait de pouvoir les revoir à différents moments.

A propos des questionnaires en ligne, trois quarts des élèves apprécient de pouvoir se tester et s’entrainer pour mieux réussir les exercices ensuite. Des problèmes d’accès internet ou de connexion apparaissent pour une minorité d’élèves (ils peuvent être résolus grâce aux clés USB ou un ordinateur accessible en classe).

Pour environ 60 % des élèves, le travail en îlot a permis de mieux comprendre le cours, de progresser et mieux s’exprimer. Parmi les avantages les plus cités, celui de devoir discuter pour se mettre d’accord. Un élève sur 10 est gêné par le bruit généré par les discussions (salle mal insonorisée).

Pour un peu plus de deux tiers d'entre eux, la classe inversée leur a permis de mieux comprendre, mieux travailler, moins s'ennuyer. Pour 44 % les maths les ont même davantage intéressés. 73 % d'entre eux ont préféré recopier le cours calmement à la maison et ils sont même 87 % à préférer chercher les exercices en classe en présence du professeur dont ils jugent la présence plus utile ici.

S'ils pouvaient choisir l'an prochain, 74 % souhaiteraient continuer à travailler en classe inversée. Parmi ceux qui préféreraient revenir à un cours traditionnel, on retrouve entre autres 4 perturbateurs qui ont perdu leur public et 2 élèves "scolaires" qui souhaitent reprendre "leurs habitudes".

Parmi les nombreux arguments cités à plusieurs reprises par ceux qui souhaiteraient poursuivre en classe inversée, on retrouve une "meilleure compréhension", "l'envie de travailler", le "plaisir à travailler", "l'autonomie gagnée dans le travail", une motivation pour "m'investir dans les mathématiques", le "rythme adapté à chacun", "l'entraide"...

La directrice académique du Val-de-Marne félicite Mme Mathias pour son engagement au service des élèves et son innovation pédagogique qui peut essaimer.

(1) Le cas décrit ici est en cours de mise en place (expérimentation de moins d’un an). Les méthodes et outils présentés ont été inspirés et conseillés par Nicolas Lemoine (coordinateur académique de la CLISE2018), Loic Asius, Cyril Michaud et Geoffroy Laboudigue (formateurs d’un stage du PAF de l’Académie de Créteil sur les classes inversées en mathématiques) et de nombreux enseignants et formateurs comme Florence Raffin et Cyril Lascassie, Bruce Demaugé-Bost très actifs sur les réseaux sociaux.

* aufildesmaths.fr


© Direction des services départementaux de l'éducation nationale du Val-de-Marne - mise à jour 30/03/2018

Contacts | Mentions légales | Accessibilité | Plan du site
Académie de Créteil - MENESR